🇬🇧 Release: The Lab and the Sickle. Marcel Prenant (1893–1983), communist biologist

Marcel Prenant

Mot de l’auteur :

Août 1948.

Alors qu’éclate l’affaire Lyssenko et que le monde scientifique découvre que sous l’impulsion d’un agronome fantaisiste l’URSS bannit la génétique, Marcel Prenant (1893-1983) est le plus célèbre des biologistes membres du Parti communiste français. Auréolé de son prestige de résistant déporté, ce militant présent dans la galaxie communiste depuis la fondation du Parti au congrès de Tours a même été depuis 1945 coopté au comité central de l’organisation dirigée par Maurice Thorez.

Tout dans son parcours de biologiste pousse Marcel Prenant à rejeter en bloc les thèses lyssenkistes. Pionnier de la biogéographie et plus encore de l’écologie littorale, ce brillant professeur s’est surtout distingué en tant que promoteur de la théorie synthétique de l’évolution, alors que la biologie française reste au contraire largement marquée par le néolamarckisme. Le néodarwinisme fusionne alors la grille de lecture évolutionniste centrée sur la sélection naturelle et la génétique expérimentale, soit précisément ce qui est rejeté en URSS et considéré comme « réactionnaire » par les lyssenkistes. Alors que gronde la guerre froide et que de jeunes intellectuels du PCF théorisent une coupure radicale entre « science bourgeoise » et « science prolétarienne », Marcel Prenant n’est pas seulement sommé de choisir son camp : son parti attend de lui qu’il prenne la tête de la croisade française en faveur de Lyssenko…

Cette première biographie d’un savant aujourd’hui méconnu, malgré la place qu’il a occupé au sein de la biologie française, explore son parcours en le replaçant dans l’histoire de son siècle. Elle détaille sa carrière scientifique à la lumière de l’évolution générale de la biologie et retrace sa trajectoire militante au sein de ce que fut le stalinisme à la française. Ce livre explore les efforts théoriques de Marcel Prenant pour concilier ces deux parcours parallèles et cerne les difficultés à le faire en pratique. Tout particulièrement lorsque la crise de l’affaire Lyssenko oppose frontalement sa culture scientifique et ses conceptions politiques.

La première partie de l’ouvrage détaille le parcours scientifique de Prenant, et montre comment il a fait passer au second plan ses ambitions de chercheur par rapport à sa carrière de pédagogue et ses responsabilités de militant. Elle dresse à travers le cas de Prenant le portrait d’une biologie française en pleine mutation au cours du XXe, et d’abord particulièrement rétive au darwinisme ou à la biologie moléculaire. La deuxième partie détaille le parcours du militant communiste, en développant les moments où l’action de Prenant traduit l’évolution du rapport du Parti aux intellectuels et au marxisme (Cercle de la Russie Neuve, Université Ouvrière, Encyclopédie de la Renaissance Française, Guerre froide, etc.). Enfin, la troisième partie explore les moments de rencontre de ces deux parcours, le scientifique et le politique : dans un premier temps les efforts de Prenant pour présenter l’URSS comme modèle d’un nouveau rapport de l’Etats aux sciences ou pour théoriser la concordance harmonieuse entre le marxisme et la biologie ; puis dans un deuxième temps, les difficultés et déchirements nés de l’Affaire Lyssenko. Le rôle de Prenant dans ce moment de crise intense, point d’aboutissement de l’ouvrage, est analysé en détails et présenté sous un jour nouveau à partir de l’exploration de fonds d’archives inédits (archives soviétiques ou archives du Parti communiste notamment).

La postface du biologiste Guillaume Lecointre actualise les enjeux de cette étude de cas des relations entre science et politique à l’heure où, dans une sorte de remake de l’affaire Lyssenko, l’administration Trump tente de mettre au pas les institutions scientifiques et d’à nouveau détruire des pans entiers de la recherche. Le débat des années 1950 sur une supposée opposition entre « science prolétarienne » et « science bourgeoise » permet aussi mettre en perspective le succès actuel en sciences sociales de l’idée de « savoirs situés », qui nie l’universalité de la méthode scientifique.

Le livre peut être commandé chez un libraire ou directement sur le site de l’éditeur : https://www.materiologiques.com/yann-kindo-le-labo-et-la-faucille

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